Petite réflexion sur l'amour

L’amour, hein… On y retourne toujours. Comme au frigo, à minuit, quand on sait qu’il n’y a rien à y manger mais qu’on regarde quand même, au cas où un miracle s’y serait glissé entre les yaourts nature et le reste de lasagnes. Eh bien non. Il n’y a rien. Mais le frigo, on l’ouvre quand même. Et l’amour, pareil.

Je ne sais pas pourquoi on y croit. Pourquoi on se dit que cette fois, ce sera différent. Peut-être parce qu’on a vu trop de films, ou trop de pubs de parfum, ou qu’on a été nourris aux "ils vécurent heureux" sans avoir eu droit au service après-vente.

Ce qui est sûr, c’est qu’on s’y jette. Sans manuel. Sans garantie. Avec un cœur plus ou moins rafistolé à la colle scolaire. Et puis, voilà : on tombe amoureux.

C’est comme ça qu’on dit : tomber. Pas s’élever, pas glisser doucement, non : tomber. Dégringoler dans quelque chose d’à la fois exaltant et terrifiant. On perd un peu la tête, beaucoup le sommeil, et complètement le sens des priorités.

Au début, c’est joli. On partage des trucs simples : un café trop chaud, un regard qui dit plus que les mots, une musique qu’on n’écoutera plus jamais de la même façon. On s’apprivoise à coups de messages maladroits et de silences pleins de promesses.

Et puis… Un jour, sans qu’on sache trop comment, ça change. Les silences deviennent lourds. Les promesses deviennent des dettes. Et le regard… Le regard devient un miroir de nos propres frustrations.

Certains appellent ça une relation toxique. D’autres disent : "c’est compliqué." Moi, je dirais que c’est un naufrage en deux temps, sans canot de sauvetage. Mais on reste. Par habitude. Par peur. Par ce vieux réflexe idiot de croire que l’amour, c’est quand on s’accroche, même quand on se noie.

Et puis, un jour, ça casse. On ne sait pas si c’est un mot de trop ou un silence de plus. Mais ça casse. Et on se retrouve seul.

Pas libre, hein. Seul.

C’est pas pareil. La liberté, c’est joyeux. La solitude, elle, elle vous regarde avec des yeux ronds et vous demande : « Bon, et maintenant ? »

Alors on meuble. On change les draps. On trie les playlists. On redécouvre le goût du café amer. On apprend à vivre sans un "bonne nuit" ni un "rentre bien".

Et le soir, quand la lumière tombe comme un rideau sur une scène vide, on pense. À ce qu’on a donné. À ce qu’on a perdu. Au temps, surtout au temps, qu’on ne reverra jamais.

Il y a des jours où cette solitude semble douce. Elle a un goût de paix, presque. On respire mieux. On dort en diagonale. On peut relire ce vieux roman qu’on n’avait jamais terminé.

Mais d’autres jours… Elle se fait pesante. Elle vous prend la gorge. Et on se surprend à regarder le téléphone comme un naufragé regarde les étoiles, espérant un signal, un message, une voix.

Et pourtant… On y retournera. Oui, on finira par y retourner. Comme au frigo. Toujours vide, toujours froid, mais toujours là.

Parce que malgré tout, l’amour reste un mystère plus fort que la raison. Une évidence absurde. Une réponse bancale à une question qu’on ne sait même plus formuler.

Alors on rira encore. On pleurera encore. On aimera encore.

Et on recommencera.

Pas parce qu’on est bête. Mais parce qu’on est humain. Et que dans cette grande cacophonie d’angoisses, de manques et de rêves boiteux, on préfère encore aimer mal que ne plus aimer du tout.