Je viens de pondre une merde (et vous aller adorer la dévorer)

Voilà, c’est fini.

J’ai enfin accouché de ce tas de boue. Un livre. Ou du moins, un truc qui y ressemble si on plisse les yeux et qu’on a un goût prononcé pour les accidents industriels.

Et maintenant, je suis là, à fixer l’écran avec l’envie de dégueuler : est-ce que je dois vraiment infliger ça au monde ? Est-ce que je dois prévenir les « inspirations » ? Ces parasites de ma vie réelle que j’ai vampirisés pour remplir mes pages. Je pense à mon ex, celle qui a disparu dans la nature comme une lâche, me laissant avec un silence radio en guise de générique de fin. Est-ce que je devrais lui envoyer un SMS pour lui dire : « Hey, devine qui est devenue la muse d’une boucherie littéraire ? ». On ne prévient pas le bétail avant de l’envoyer à l’abattoir. On ne prévient pas les gens qu’ils sont devenus des cadavres de papier. On les expose, et on regarde si les mouches viennent pondre.

Soyons clairs : mon bouquin est nul. C’est mal écrit, c’est haché, c’est une insulte à la syntaxe. J’ai l’impression d’avoir tapé ce manuscrit avec mes moignons au fond d’un trou, après une cuite au méthanol.

Mon ambition ? Même pas le « potable ». Le « potable », c’est pour les tièdes, pour les écrivains du dimanche qui vendent trois exemplaires à leur grand-mère. Moi, je ne sais même pas où se situe ce désastre sur l’échelle de la honte, sûrement quelque part entre moins l’infini et le zéro absolu.

Je n’ai pas perdu mon temps avec des descriptions de paysages ou des états d’âme de poète pisseur. J’ai voulu que ce soit noir. Pas le noir élégant d’un costard, non, le noir d’une vidange. J’ai pris toutes les situations injustes, toutes les humiliations infondées que j’ai dû bouffer en silence, et je les ai régurgitées sur mon héros. Je l’ai écorché, je l’ai traumatisé, je lui ai fait subir chaque seconde de ma propre rage, juste pour le plaisir de voir quelqu’un d’autre souffrir à ma place. C’est de la chirurgie de guerre sans anesthésie.

Ce que je redoute, c’est juste d’être médiocre, banal, dilué.

Alors, je vais peut-être le publier. Pas pour la gloire, pas pour l’art, mais pour le plaisir malsain de vous jeter mes tripes à la gueule (et aussi d'avoir achevé un truc, ne pensez pas qu'à vous). C’est mal écrit ? On s’en tape. C’est trash ? C’est le but. C’est injuste pour ceux qui s’y reconnaîtront ? Tant mieux. Qu’ils crèvent de honte entre deux paragraphes.

Si vous cherchez de la belle littérature, allez voir ailleurs. Ici, on est dans la fosse septique de mon esprit, et je ne tire pas la chasse.